Glossaire

Apostat : personne ayant abandonné publiquement sa religion ou, dans le cas des religieux, moine ou religieuse ayant renoncé à ses vœux monastiques.

Bridewell : ancien palais royal à Londres, transformé à partir de 1553 en hôpital et orphelinat, puis en prison et maison de correction. Le nom de l’établissement se transmet ensuite à d’autres institutions anglaises, mais aussi irlandaises ou canadiennes, destinées à enfermer pauvres, criminels, malades ou enfants abandonnés.

Caméralisme : terme provenant de l’allemand Kamera qui désignait le lieu où étaient conservés les deniers publics. Dans le monde germanique à partir du 16e siècle, « caméraliste » sert à qualifier les auteurs se préoccupant de l’enrichissement de l’État. Le caméralisme évolue ensuite et désigne plus globalement la science de l’administration.

Cangue : instrument de torture ayant la forme d’une planche percée de trous dans lesquels on introduisait la tête et les mains du supplicié.

Cep : pièce de bois servant d’entrave et, par extension, chaînes destinées à retenir un prisonnier.

Chapitre des coulpes : réunion des religieux dans la salle capitulaire, au cours de laquelle les moines fautifs sont tenus de dénoncer les fautes qu’ils ont commises et celles de leurs confrères

Chapitre général : réunion annuelle des supérieurs d’un même ordre religieux, généralement dans l’abbaye fondatrice de l’ordre (Cîteaux pour les cisterciens).

Circateur : moine chargé par le supérieur d’effectuer des rondes dans le monastère afin de surveiller les autres religieux.

Colonie pénitentiaire : en France, établissement pénitencier pour mineurs, apparu dans la première moitié du 19e siècle, visant à punir ou redresser moralement les mineurs délinquants en les séparant des adultes, à les éduquer ou les rééduquer en leur apprenant un métier. La première colonie agricole pénitentiaire pour enfants a été fondée en 1839 à Mettray, près de Tours. La loi du 5 août 1850 sur l’« éducation et le patronage des jeunes détenus » officialise et généralise les colonies pénitentiaires, qualifiées en fonction de leur vocation : agricoles, industrielles (Aniane), horticoles (Ajaccio) ou encore maritimes (Belle-Île-en-Mer).

Condamnés des tribunaux criminels : voir Tribunaux criminels.

Condamnés par voie de police correctionnelle : voir Tribunaux criminels et correctionnels.

Convers, converse : ils ou elles sont chargés de seconder les moines de chœur et les religieuses qui leur confient les travaux les plus pénibles. Chez les cisterciens ou les chartreux, les convers sont des religieux qui ont un habit différent des moines et des devoirs liturgiques propres. Ils vivent soit dans les exploitations du monastère (appelées « granges »), soit dans des quartiers séparés de ceux des moines, éloignés du cloître mais situés à l’intérieur de la clôture.

Détenus correctionnels : voir Tribunaux criminels et correctionnels.

Détenus criminels : voir Tribunaux criminels et correctionnels.

Entrepreneurs privés : dans les maisons centrales du 19e siècle, l’État français confie à des entrepreneurs privés, par adjudication, la gestion des ateliers et des fournitures (nourriture, cantine, vêtement, médicaments) ainsi que diverses missions (sépulture, entretien des bâtiments, etc.). Ce système vise à pallier l’impuissance administrative de l’État et à faire régner l’ordre à moindre coût. En théorie, l’intérêt des condamnés est lié à celui des entrepreneurs : en travaillant plus, ils peuvent améliorer par leur salaire la nourriture très insuffisante qui leur est fournie. En réalité, les détenus sont soumis à l’arbitraire des entrepreneurs, qui souvent les affament et les maltraitent (surmortalité des détenus à Clairvaux en 1845-1847, par exemple).

Ermitage : lieu solitaire et écarté où vivent un ou plusieurs ermites ou religieux ermites.

Eucharistie : dans la religion catholique, sacrement contenant le corps, le sang et la divinité du Christ au terme de la transsubstantiation du pain et du vin, qui renouvelle rituellement en action de grâce le sacrifice du Christ et qui constitue la nourriture des fidèles et le symbole de leur unité.

Grange : exploitation agricole dépendant d’une abbaye cistercienne.

Lavatorium : bassin ou fontaine au centre du cloître destiné aux ablutions des moines.

Lettre de cachet : la lettre de cachet contient un ordre du roi, remis sous pli fermé (lettre close) à celui qui doit en assurer l’exécution. Son usage s’amplifie à mesure que se développe le pouvoir royal aux 17e-18e siècles. Utilisées à des fins multiples et dans des domaines variés, les lettres de cachet apparaissent comme un instrument de répression manifestant des prérogatives judiciaires du roi et de ses agents qui en font un usage croissant. Elles sont pourtant souvent établies à la demande des familles ou des voisins de ceux qu’elles visent. Elles portent régulièrement des ordres d’incarcération, sans aucune forme de procès, ce qui leur vaut d’être dénoncées comme abus, particulièrement au 18e siècle.

Maison de discipline : voir Zuchthaus.

Mercantilisme : terme provenant du latin (mercari, « faire du commerce », merx, « marchandise »). Il désigne un courant de la pensée économique émergeant entre le 16e et le 18e siècle dans le contexte de la colonisation du Nouveau Monde et du triomphe de la monarchie dite « absolue ». Il considère que le prince doit s’appuyer sur les marchands et encourager l’essor industriel et commercial afin de favoriser l’entrée de métaux précieux. Le terme a été popularisé par le philosophe et économiste écossais des Lumières Adam Smith, à partir de 1776. De nombreux projets d’établissements d’enfermement, construits aux 17e et 18e siècles, ont été motivés par cette pensée qui prône l’exploitation des richesses d’un territoire et la mise au travail des pauvres et mendiants.

Panoptisme : (du grec pān pour « tout » et d'optikó pour « ce qui se réfère à la vue ») consiste à rendre possible, au moyen de dispositifs architecturaux, la surveillance d’un grand nombre de personnes par le regard d’une seule. Développé par le philosophe anglais Jeremy Bentham à la fin du 18e siècle, ce principe a été appliqué principalement dans le monde carcéral et, dans une moindre mesure, dans les hôpitaux, usines ou casernes, par exemple.

Préau : dans les maisons centrales françaises aux 19e-20e siècles, les préaux désignent les cours de promenade.

Prétoire : salle d’audience d’un tribunal ; en prison, tribunal interne équivalent à une commission de discipline chargée de sanctionner les détenus dont la direction de l’établissement réprouve les agissements ou comportements.

Rasphuis : voir Tuchthuizen.

Sacrement : dans la liturgie chrétienne, signe sacré institué par Jésus et actualisé dans l’Église ; il est par lui-même source de la grâce divine qu’il fait naître ou qu’il augmente. Selon la doctrine catholique, ils sont au nombre de sept : baptême, confirmation, eucharistie, pénitence, onction des malades, ordre et mariage.

Salle capitulaire (ou salle du chapitre) : dans une abbaye, lieu où se réunit quotidiennement la communauté religieuse.

Spinhuis : voir Tuchthuizen.

Stalles : sièges réservés aux religieux dans le chœur de l’église, attribués, en théorie, en fonction du rang de chacun dans la communauté.

Tourière : dans un monastère ou couvent féminin, religieuse chargée de l’accueil et de la surveillance à la porte. Dans les couvents des 19e et 20e siècles, le durcissement des règles de clôture conduit à la séparation stricte entre les sœurs vivant à l’intérieur de la clôture et les sœurs tourières chargées de l’hospitalité et des contacts avec le monde extérieur. Les tourières vivent au monastère mais en dehors de la clôture.

Tribunaux criminels et correctionnels : en vertu du Code pénal de 1791, les infractions sont divisées en crimes et délits ; le Code pénal de 1810 y ajoute les contraventions. À cette hiérarchie des infractions correspondent trois niveaux de peines : peines criminelles (réclusion, travaux forcés, déportation, peine de mort), correctionnelles (emprisonnement jusqu’à cinq ans) et de police (amendes ou emprisonnement jusqu’à cinq jours). Les crimes sont jugés par des tribunaux criminels, les délits par les tribunaux de police correctionnelle. La loi du 20 avril 1810 sur l’organisation des tribunaux transforme les tribunaux criminels en cours d’assises. Dans les maisons centrales, les condamnés par tribunaux criminels et les condamnés par voie de police correctionnelle doivent être séparés.

Tuchthuizen : établissements d’enfermement fondés à la fin du 16e siècle en Hollande pour endiguer la criminalité sans recourir aux peines capitales traditionnelles. Le premier en est le Rasphuis (« maison de fabrication de copeaux ») ouvert en 1595 à Amsterdam où sont enfermés des hommes, criminels ou marginaux, astreints au travail forcé. L’équivalent féminin de cette institution est le Spinhuis (« maison de filature »), fondé en 1597. Les deux institutions servent de modèle pour de nombreux établissements du même genre dans les autres villes hollandaises.

Workhouse (« maison de travail ») : depuis la fin du 16e siècle, la législation anglaise oblige les paroisses à prendre en charge les pauvres, mendiants, orphelins, vieillards et autres marginaux. Partout dans le royaume apparaissent des établissements, à la fois ateliers et hospices, qui astreignent ces personnes au travail. Au 18e siècle, près de 2000 de workhouses existent en Angleterre et au Pays de Galles. Au 19e siècle, ces institutions locales, souvent de taille modeste, évoluent vers des établissements plus grands, pris en charge par plusieurs communes.

Zuchthaus (« maison de discipline », pluriel Zuchthäuser) : dans l’espace germanique s’établissent au 17e siècle, à l’instar des Bridewells anglais et des Tuchthuizen hollandaises, de nouveaux établissements d’enfermement qui internent les populations errantes (mendiants et vagabonds), les petits criminels et autres fauteurs de trouble (prostituées, ivrognes, etc.). Les enfants abandonnés ou internés à la demande de leurs parents ainsi que les malades psychiques et physiques y sont également placés, ce qui inscrit ces institutions dans la tradition des hospices et hôpitaux médiévaux.